06 Jul
06Jul

Dans le cadre de ma formation d'Accompagnante Éducative et Sociale (AES), j'ai la chance d'effectuer mon stage au sein d'un accueil de jour accompagnant des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, notamment de la maladie d'Alzheimer et de troubles apparentés.

Au fil des semaines, l'équipe pluridisciplinaire m'a accordé sa confiance en me permettant de proposer des temps de médiation corporelle destinés à apaiser les usagers, souvent confrontés à l'anxiété, à l'agitation ou à une fatigue émotionnelle importante.

Cette expérience me rappelle une évidence : lorsque les mots deviennent plus difficiles, le corps reste souvent un formidable moyen d'entrer en relation.

Pourquoi proposer un temps de médiation corporelle ?

Les maladies neurodégénératives modifient progressivement les capacités cognitives, mais elles n'effacent pas les besoins fondamentaux de la personne. Le besoin d'être considéré, rassuré, touché avec respect ou simplement accompagné demeure bien présent.

Les personnes vivant avec une maladie neurodégénérative peuvent ressentir une anxiété importante. Les difficultés de mémoire, les troubles du repérage, la perte d'autonomie ou encore les changements de leur environnement peuvent créer un état d'insécurité permanent. Cette insécurité s'exprime parfois par de l'agitation, une hypervigilance, des questions répétitives ou un repli sur soi.

Dans ce contexte, le corps devient une porte d'entrée particulièrement intéressante. Un accompagnement corporel adapté ne cherche pas à faire disparaître les symptômes, mais à offrir un moment où la personne peut retrouver un sentiment de sécurité, de présence et de calme.

Une relaxation corporelle de 20 minutes

J'ai choisi de proposer une séance de relaxation corporelle d'environ vingt minutes en début d'après-midi. Ce moment constitue une transition douce entre le repas et les activités de l'après-midi.

Les usagers restent habillés et sont installés confortablement sur une chaise. J'adapte chaque séance à leurs besoins, à leurs capacités physiques, à leur état émotionnel du moment et, bien entendu, à leur consentement.

J'interviens principalement au niveau du dos, des bras et de la tête. Lorsque cela est possible, je propose également quelques mouvements simples permettant de mobiliser doucement le corps.

Pour cela, je m'inspire de différents outils issus de ma pratique de la somatothérapie, notamment le massage sensitif, la libre expression corporelle ainsi que des exercices de tension-détente. Ces approches sont toujours adaptées à la personne et au contexte de l'accueil de jour. L'objectif n'est pas de réaliser un massage de bien-être, mais de proposer une médiation corporelle favorisant le relâchement, le bien-être et le sentiment de sécurité.

Le toucher : un langage qui ne passe pas par les mots

Le toucher est le premier sens à se développer chez l'être humain. Tout au long de la vie, il reste un moyen privilégié de communiquer lorsque les mots viennent à manquer.

Un toucher lent, respectueux et adapté peut contribuer à diminuer les tensions musculaires, ralentir la respiration, favoriser le relâchement et soutenir le sentiment de sécurité intérieure. 

Les recherches en neurosciences montrent que les contacts doux et sécurisants activent des fibres nerveuses spécifiques impliquées dans la perception d'un toucher agréable et participent à la régulation des émotions.

Bien entendu, chaque personne possède sa propre histoire. Le toucher ne peut être bénéfique que lorsqu'il est proposé avec respect, dans un cadre sécurisant, avec l'accord de la personne et en tenant compte de ses réactions.

Ce que j'ai observé pendant les séances

Au fil des séances, j'ai pu observer un réel besoin de contact, de présence et d'accompagnement corporel.

Les usagers se sont montrés très réceptifs et pleinement acteurs de leur propre expérience corporelle. Certains étaient plus bavards que d'autres et éprouvaient davantage de difficultés à se détendre. Pourtant, derrière les paroles, je percevais souvent le plaisir d'avoir un moment qui leur était entièrement consacré, un temps où ils pouvaient simplement être accueillis tels qu'ils étaient.

J'ai également été touchée par la richesse de la communication non verbale. Un sourire, une respiration qui s'apaise, des épaules qui se relâchent, un regard plus présent ou une main qui vient chercher le contact, des frissons disent parfois beaucoup plus que les mots.

Au-delà de la détente, j'ai constaté que les usagers appréciaient d'être considérés dans leur globalité. Ce temps de médiation corporelle devenait un véritable temps de rencontre, où chacun pouvait retrouver une place active dans la relation.

Une observation qui m'a fait réfléchir

Au cours de ce stage, une observation a particulièrement retenu mon attention.

J'ai parfois constaté que les personnes dont la maladie semblait plus avancée entraient plus facilement dans la proposition corporelle. Elles semblaient moins retenues par les conventions sociales ou la peur du regard de l'autre, ce qui leur permettait, dans certaines situations, de se laisser guider plus librement dans le mouvement ou dans le toucher.

Cette observation reste bien entendu liée à mon expérience de terrain et ne peut être généralisée à toutes les personnes. Elle m'a néanmoins amenée à réfléchir à la manière dont certaines barrières sociales peuvent parfois s'effacer, laissant davantage de place à une expression corporelle spontanée.

Quand le système nerveux retrouve un peu de calme

Aujourd'hui, les neurosciences nous permettent de mieux comprendre pourquoi ces médiations corporelles peuvent être si précieuses.

Notre système nerveux analyse en permanence notre environnement afin de déterminer si nous sommes en sécurité ou en danger. Une voix calme, une présence stable, un regard bienveillant ou un toucher respectueux peuvent envoyer au cerveau des signaux de sécurité favorisant progressivement l'apaisement. Ces mécanismes sont notamment décrits par la théorie polyvagale de Stephen Porges, qui met en évidence l'importance du sentiment de sécurité dans la régulation émotionnelle.

Sans remplacer les soins médicaux ni les autres accompagnements thérapeutiques, les médiations corporelles peuvent ainsi soutenir le bien-être, favoriser la relation et contribuer à une meilleure qualité de vie des personnes vivant avec une maladie neurodégénérative.

Une expérience qui confirme ma pratique

Cette expérience renforce profondément ma vision de l'accompagnement.En tant que future Accompagnante Éducative et Sociale, mais également somatothérapeute, je suis convaincue que le corps constitue un formidable médiateur de la relation d'aide.

Ces temps de médiation corporelle ne cherchent pas à réparer ou à guérir. Ils offrent simplement un espace où la personne peut retrouver, le temps de quelques minutes, un peu de calme, de sécurité, de dignité et de lien humain.

Dans une société où l'on communique principalement par les mots, cette expérience me rappelle que le corps possède lui aussi son propre langage. Un regard, une respiration plus profonde, une main qui se détend ou un sourire retrouvé témoignent parfois d'un apaisement qu'aucun discours ne pourrait exprimer.

Je suis convaincue que les médiations corporelles ont toute leur place dans l'accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives. Intégrées à un projet personnalisé et réalisées en collaboration avec les équipes soignantes, elles constituent un complément précieux pour favoriser le bien-être, préserver la relation et reconnaître la personne dans toute son humanité.


Je m'appelle Clémentine Casamatta. Je suis somatothérapeute et actuellement en formation d'Accompagnante Éducative et Sociale (AES). J'accompagne les femmes, les enfants et les personnes en situation de vulnérabilité à travers une approche centrée sur le corps, le toucher relationnel et la sécurité émotionnelle. Cet article s'appuie sur mon expérience de stage en accueil de jour auprès de personnes atteintes de maladies neurodégénératives.


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